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Au Maillon, la surdité entre sur scène, et le DNA la juge réussie

Éric Massé, codirecteur du Théâtre du Point du jour à Lyon, porte à la scène le texte de Véronique Poulain, un spectacle que le DNA juge beau et réussi.

Léonie Kientz Par Léonie Kientz
3 min de lecture
Au Maillon, la surdité entre sur scène, et le DNA la juge réussie
Une spectatrice seule dans une salle de théâtre, image d’illustration pour évoquer le Maillon, où une fille entendante fait face à sa mère sourde.

Le théâtre du Maillon, à Strasbourg, accueille « Les Mots qu’on ne me dit pas », une pièce d’Éric Massé sur une fille entendante et sa mère sourde, signalée par le DNA le 11 octobre 2026.

En bref

  • « Les Mots qu’on ne me dit pas » est présenté au théâtre du Maillon, à Strasbourg.
  • La pièce raconte le lien entre une fille entendante et sa mère sourde.
  • Le texte d’origine, du même titre, est signé Véronique Poulain.
  • Le metteur en scène Éric Massé codirige le Théâtre du Point du jour, à Lyon.

Une histoire de famille portée par un récit

Au cœur du spectacle, il y a un duo que tout pourrait rapprocher et que la langue, pourtant, sépare en partie : une enfant qui entend, une mère qui n’entend pas. Le titre lui-même dit beaucoup de ce qui se joue entre elles. Il parle de paroles absentes, de choses que l’on ne formule pas, ou que l’on ne parvient pas à faire passer d’une personne à l’autre. Pour le public strasbourgeois, c’est une manière d’entrer dans l’intimité d’une famille où la communication ne va jamais de soi.

La pièce ne naît pas d’une page blanche. Elle repart d’un livre portant exactement le même titre, écrit par Véronique Poulain. Le passage de l’écrit au plateau est confié à Éric Massé, qui partage la direction du Théâtre du Point du jour, une scène lyonnaise. Ce choix d’un récit existant donne au spectacle une base solide : le regard d’une autrice sur une relation filiale singulière, retravaillé ensuite pour la scène par un metteur en scène venu de Lyon.

Pour qui suit la programmation du Maillon, l’intérêt tient aussi à cette circulation entre deux villes : un projet porté par un responsable de théâtre lyonnais trouve ici une salle alsacienne pour rencontrer un nouveau public.

La surdité, encore rare sur les plateaux

Ce qui rend la création précieuse, selon le quotidien alsacien, c’est d’abord un constat sur le secteur : les comédiennes et comédiens sourds ou malentendants restent peu visibles dans les théâtres. Le journal estime que ces artistes ont beaucoup à offrir au public, en lui faisant partager une culture, une façon de voir le monde et la légitimité d’être différent. Autrement dit, la question de la surdité ne serait pas seulement un thème pour ce spectacle, mais aussi une affaire de place accordée à celles et ceux qui la vivent.

Dans sa critique publiée par le DNA, le rédacteur met aussi en garde contre un piège : aborder cette pièce avec un regard condescendant, comme une proposition à saluer par principe plutôt que pour ses qualités. Il défend au contraire l’œuvre sur le terrain artistique, en qualifiant l’aventure de « belle et réussie ».

Cette double lecture éclaire la démarche du spectateur. D’un côté, une histoire intime entre une mère et sa fille, nourrie par le livre de Véronique Poulain. De l’autre, une interrogation plus large sur la présence des personnes sourdes dans les spectacles vivants, que le journal juge insuffisante. C’est à la croisée de ces deux fils que la critique situe la réussite de la mise en scène d’Éric Massé, jugée sur pièce et non sur son seul sujet.

Photo à la une. Source : Pexels. Photographe : Tima Miroshnichenko. Licence Pexels.